Une sortie d’escalade : impressions – Par Dominique ANDRÉ – AIDE A L’ECRITURE – Écrivain public

Une sortie d’escalade : impressions

 Par Dominique ANDRÉ –  AIDE A L’ECRITURE – Écrivain public – http://aidealecriture.jimdo.com/

Ce dimanche, malgré la persistance d’un brouillard blanc plutôt frais, un petit groupe de jeunes, enfants et ados, n’est pas resté paresseusement sous la couette. Accompagnés de quelques parents, ils se sont donné rendez-vous entre le clocher et la mairie d’un village connu pour ses cerises. Mais en cette époque de l’année, c’est autre chose qui les motive. Les voilà d’ailleurs repartis, à la suite de la voiture de tête, vers une destination encore inconnue mais pas très lointaine. En tournant le dos à la grand-route, le convoi  des autos familiales va suivre un petit chemin, emprunter un pont sur la Nive, pour longer un moment une ligne de chemin de fer où l’on ne verra sûrement pas de TGV ! Quoique… Avec tous les grands projets inutiles dont on nous rabat les oreilles pour « notre » avenir…

La fourgonnette-guide s’est garée sur le bas-côté.  La porte ouverte donne à voir une quantité impressionnante de cordages, casques, baudriers, mousquetons… Et puis, des sacs, des bâches…  pas loin de  là, se dresse un joli pan rocheux bien droit. Nos apprentis escaladeurs vont pouvoir étrenner leurs talents tout neufs sur de la vraie pierre pleine d’aspérités. Ici, pas de forme savamment moulée et colorée en fonction des difficultés. La nature a déjà tout prévu ou presque.

Là encore, un mythe tombe. Même si  la paroi devant notre nez est bien issue de l’orogénèse pyrénéenne, son état actuel résulte uniquement d’un travail méticuleux et acharné de passionnés. Sans eux, le gris rocher n’apparaîtrait pas, enfoui sous la terre et les broussailles. Ainsi, régulièrement, ces murs d’escalade « naturels » doivent être nettoyés par des bénévoles pour être praticables. Au préalable, il faut déjà que le propriétaire (privé) des lieux ait donné son accord.

Grosse surprise, donc, de savoir que l’expédition grimpette de nos minots découle d’une telle conjonction de facteurs favorables. Les conditions « naturelles » (géologie et météorologie) sont essentielles mais pas suffisantes pour mettre à la portée des débutants, notamment, cette activité sportive. Il aura fallu, aussi et surtout, le concours  d’humains très volontaires pour réunir tout un ensemble d’énergies, de compétences, d’efforts, d’autorisations…

Alors, par ce petit matin de début de printemps, après avoir emprunté un tunnel sous la voie ferrée, les jeunes se retrouvent au pied du mur. Au sens propre comme au figuré.

Virginie, la monitrice-cabri s’est déjà hissée tout là-haut, disparaissant sous une carapace de cordages. Tandis que les élèves s’harnachent doucement (faudrait pas trop forcer d’emblée), elle  installe tout le matériel sur les parois. Au sol, elle va donner ses conseils et mises en garde. Tout est fait pour s’élever vers le sommet en toute sécurité. N’empêche, l’erreur, la négligence ou l’inattention pourraient avoir des issues tragiques. Aussi, les consignes sont répétées calmement mais sans compromis.

Pratiquer l’escalade, c’est endosser la responsabilité de la sécurité de celui qu’on assure. C’est aussi accepter d’accorder sa confiance à celui ou celle qui, par le fil tendu, nous aide aux passages difficiles et nous ramène au sol.

Ces jeunes, affairés dans leur progression verticale, ne lisent certainement pas encore, dans leur activité, les métaphores de leur vie à venir et des d’obstacles à surmonter. Ils ne voient sans doute pas, dans les cordes qui les arriment par binôme, les symboles des liens sociaux qu’ils tisseront dans leur existence. Mais à travers leur corps, ces expériences imprègnent leur inconscient. Plus tard, peut-être, ils s’appuieront sur leur pratique. Ils mettront alors en parallèle un but souhaité et ce sommet qu’ils ont tant voulu atteindre. Un sens aiguisé de l’observation les aidera à faire des choix, à trouver leur voie après avoir appris que le plus court chemin n’est pas forcément le meilleur.

Pour l’heure, ce terrain de jeu particulier offre la possibilité à chacun de prendre conscience de ses potentialités et aptitudes. Demander à ses jambes de fournir l’effort dans l’ascension tandis que les bras, tendus vers les prises, cherchent l’équilibre, suppose une coordination optimale des membres et du cerveau. Trouver le bon appui, le solide qui ne s’effrite pas sous les doigts, le bien sec qui ne glissera pas sous le chausson, le plus proche, le plus porteur…, cela devient un art développé par l’expérience. Et la concentration, celle qui fait si souvent défaut devant un exercice de maths, une leçon d’anglais, ici, semble résister à toute épreuve. Là où la mouche suffisait à détourner du tableau le regard, maintenant, pas même un corbeau ne parvient à capter leur attention. Ce n’est pourtant pas faute, pour ces sombres bestioles qui entrevoient sans doute dans ces jeunes carcasses un succulent dessert, de pousser des cris stridents et narquois tout près de leurs oreilles. Mais le grimpeur déterminé ne se laisse pas distraire de son objectif : aller le plus haut possible et toucher le dernier anneau. Il sait que nul trophée ne l’attend. La satisfaction de se dire « j’y suis, j’y suis arrivé » sera juste sa meilleure récompense.

Tous ses sens sont restés en éveil. Il a pu découvrir en lui de nouvelles sensations ou des émotions inédites. Aujourd’hui, qu’il soit jeune et un peu expérimenté ou plus vieux mais débutant, on ne lui en voudra pas s’ilse sent carrément tout-puissant, l’espace d’un instant, capable de dompter des montagnes !  L’air ne se serait-il pas légèrement aphrodisiaque en hauteur d’où tout paraît plus beau et surmontable ? Ohé ! Amis Tarzan, Spider man and Co, tremblez, la relève arrive!

En tous cas, concentration et application ne chassent pas le plaisir et la bonne humeur. On s’en rend bien compte au moment de la pause. Les efforts ont creusé l’appétit. Pour ceux qui ont couru tels des lézards sur la pierre ou les parents qui ont suivi, debout, le cou penché vers l’arrière, les progressions des rejetons sur les murailles de granite, l’heure de s’assoir pour pique-niquer tombe « à pic » ! Tout en reprenant des forces, on bavarde gaiment. Echange d’impressions, d’informations, de victuailles, voire même de gâteau et café apportés par des familles prévoyantes… De nouveaux liens, invisibles ceux-ci, se créent entre les participants.

La nature sent bon. Il n’a pas plu. L’air est paisible et les oiseaux le chantent. Par leurs rires appuyés, certains ne peuvent les entendre mais leur joie fait plaisir à voir. D’autres sont allés se percher sur des promontoires improbables et sûrement inconfortables. Pour une fois qu’ils ne sont pas vautrés sur le canapé du salon, on ne leur dira rien si ce n’est d’être vigilants dans leurs déplacements.

Après cet intermède, on repart à l’assaut de l’abrupt. L’estomac plein n’aide pas toujours l’agilité. On suppose alors que l’ascendance cabri de Virginie doit lui faciliter la digestion. Elle apparaît tantôt en haut entre les branchages à prendre des photos, tantôt à droite pour surveiller les descendeurs en rappel, puis à gauche pour secourir celui que le vertige saisit traitreusement soudain, ou en bas pour réconforter ou donner de précieuses indications.

Pas de cris, de hurlements, d’invectives, de score à battre, de coups de sifflets… Quand on a subi longtemps la passion familiale pour les sports d’équipe en salle, l’escalade pratiquée dans la nature calme semble vraiment reposante, pour le  spectateur du moins!

Une fois que le dernier des participants a regagné le plancher des vaches, fouler le sol au niveau des pâquerettes prend une autre saveur. Désormais, le réel peut s’étirer en plusieurs dimensions. La hauteur apprivoisée laisse entrevoir de nouvelles perspectives, des envies et des projets peut-être.

« Tous pour un et un pour tous » pourrait être aussi la devise des grimpeurs. Car c’est grâce à la volonté de tous que chaque grimpeur du jour a pu exercer ses talents, à sa façon, à son rythme. Et la satisfaction ressentie individuellement s’est propagée à l’ensemble des participants qui repartent joyeux.

Notre D’Artagnan serait bien sûr Virginie-le-Cabri à qui l’on dédie notre plus joli merci.

Un hourrah pour Ekilibre64.     Aupa, Auñamendi !

Par Dominique ANDRÉ –  AIDE A L’ECRITURE – Écrivain public

http://aidealecriture.jimdo.com/

 

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